Sorgue
revue des éditions le bois dOrion
Sorgue, la source, est bien ce lieu de nudité et de surabondance à proximité duquel nous voulons établir cette rencontre dexpériences et de recherches que lon dénomme revue. Sorgue, que lon aimerait entendre comme un impératif, une injonction à la transparence, aux eaux vives.
Le retrait dans la création poétique
Sorgue n° 1 mars 2000
[
] Et ce dernier été, peut-être parce que je sais que, dans la meilleure hypothèse, je nen ai plus tant que cela devant moi, et que le risque de voir ce mot « dernier » prendre son sens absolu augmente chaque jour selon une progression accélérée, certaines choses de ce monde qui aura été le mien, le nôtre, pendant presque toute notre vie, mont étonné plus quelles ne lavaient jamais fait encore, ont pris plus de relief, dintensité, de présence ; plus de, comment dire ? plus de chaleur aussi, étrangement, comme on nen reçoit généralement que des êtres proches ; bien que je sache, dans le même temps, que cela ne peut en aucune manière être pris au pied de la lettre, comme si je métais mis à croire à une amitié, à des sentiments des choses pour lhomme, qui les rendraient capables de nous « parler » vraiment, à leur façon. Il doit sagir dune autre espèce de relation. Nempêche : jai peine à croire que la chaleur ne fût quen moi, se reflétant sur elles. Ce doit être plus compliqué. [
]
Philippe Jaccottet
François Pétrarque, Eve Duperray, Philippe Jaccottet, Judith Chavanne, André Ughetto, Claire Malroux, Roger Munier, Martin Melkonian, Pierre Dubrunquez, Christian Le Mellec, André Gence, Marc Blanchet, Samuel Astrachan, Dominique Sorrente, Pierre Minet.
Prix : 19,82 euros / EAN 9782909201320
Christian Gabriel/le Guez Ricord
Sorgue n° 2 hiver 2000
Ce numéro est consacré au poète Christian Guez Ricord, lune des figures les plus énigmatiques, les plus fortes, de la poésie de la seconde moitié du xxe siècle. Né en 1948 à Marseille, il reçoit à dix-sept ans le prix Paul Valéry. Au moment de la parution de Cènes dans le Cahier de poésie (Gallimard, 1976), Pierre Oster salue le jeune poète en ces termes : « On peut tenir, je tiens que lune des plus pures apparitions quil nous ait été donné dobserver en dix ans dans lordre du poétique et à lhorizon de notre langue est celle de Christian G. Guez Ricord. » Très tôt il a mis en chantier plusieurs cycles de poésie quil poursuivra jusquà sa mort dont un ensemble de tercets (La couronne de la Vierge) le « fragment » le plus accompli est sans doute Neumes (André Dimanche) , et un impressionnant poème composé de vers de vingt-et-un pieds (Le cantique qui est à Gabrielle), dont la première partie, Maison Dieu, paraît chez Granit en 1982. Il invente pour ce second ensemble une métrique « difficile, audacieuse, folle peut-être » (Pierre Oster). Son inspiration puise dans une thématique religieuse enrichie par une grande connaissance du symbolisme qui se nourrit de ses visions et hallucinations. Car ce poète hors normes, qui se situe résolument en dehors des courants poétiques dominants de son temps et qui a fortement impressionné ses contemporains, dYves Bonnefoy à Bernard Noël en passant par Michel Deguy ou Salah Stétié, souffre de troubles mentaux importants. Il meurt à Marseille, en juin 1988. Ce numéro se compose de témoignages et détudes de poètes amis, dinédits et de la reproduction de toiles quil peignit. Il constitue à ce jour le premier numéro de revue qui lui soit consacré.
Bernar Mialet, Bernard Noël, Jean-Yves Casanova, Joël Vernet, Dominique Sorrente, André Ughetto, Titus Milech, Jean-Pierre Royol, Judith Chavanne
Prix : 19,82 euros / EAN 9782909201337
Lokenath Bhattacharya/Orphée/Le fleuve
Sorgue n° 3 automne 2001
Ce troisième numéro de la revue Sorgue reprend les communications faites lors des rencontres de Poésie de LIsle-sur-la-Sorgue, en mars 2000. Il est composé de trois parties.
Lokenath Bhattacharya
Outre cinq poèmes et le texte que Lokenath avait spécialement rédigé pour la circonstance (Fleuve terrestre, fleuve céleste), cette partie contient le texte de lintervention de Charles Malamoud (Le Gange et les mots) ainsi que des textes de Salah Stétié, Marc Blanchet, Christian Le Mellec, et des hommages de Zéno Bianu, Gérard Macé et Cédric Demangeot. Le numéro 3 de Sorgue est la première publication en revue consacré au grand poète indien.
Fleuve autre rive
Avec des études Luba Jurgenson, Jean-Yves Casanova et André Ughetto.
Orphée
Cette partie retrace le parcours effectué lors de ces rencontres, des hymnes grecs à la poésie contemporaine.
Lokenath Bhattacharya, Charles Malamoud, Salah Stétié, Christian Le Mellec, Luc Grand-Didier, Marc Blanchet, Cédric Demangeot, Gérard Macé, Zéno Bianu, Jean-Yves casanova, André Ughetto, Luba Jurgenson, Iégor Reznikoff, Rainer Maria Rilke, Bernard Bénech, Benoît Conord, Claude Astrachan, Sebastian Reichmann.
Prix : 19,80 euros / EAN 9782909201344
Le poète environné de nuit
Sorgue n° 4 automne 2002
Raymond Jean, Jean-Nicolas Illouz, Jean Gillibert, Jean-Pierre Lefebvre, Henri Duplaix, Bernar Mialet, Marie Gabriel Guez Ricord, Bernard Noël, Evert Lindfors, Marc Blanchet, Gabrielle Althen.
Prix : 19,80 euros / EAN 9782909201368
Désert
Sorgue n° 5 automne 2004
Lexpérience du désert en ce quelle est dénudation, resserrement sur lessentiel, exposition à un infini dévorant, est-elle éloignée de celle « [
] qui permet de voir là où on ne faisait que regarder, de respirer là où on ne faisait que discourir », cest-à-dire de la poésie, comme le note Lorand Gaspar ? Afin dexplorer ce rapport privilégié entre expérience de la poésie et expérience du désert, il fut notamment question lors de ces rencontres de poésie de LIsle-sur-la-Sorgue, en mars 2002, de Giuseppe Ungaretti, poète à partir du désert nous dit Michelle Nota, et dEdmond Jabès pour qui, nous la rappelé Danièle Sabbah, il nest de voix que dans le désert
Lorand Gaspar, dont Daniel Lançon présenta luvre, lut des textes de Sol absolu et dApproche du désert vivant, puis se prêta à un entretien avec le public dont nous retrouverons la transcription dans ces pages.
Par-delà les expériences de Joël Vernet et de Joël-Claude Meffre quon lira également ici, ces rencontres nous ont conduits jusquau désert des hauts plateaux du Tibet, à lécoute des textes dAndré Velter, accompagnés de la musique et des chants de Tenzin Gompö.
Ce numéro se clôt sur huit reproductions duvres du peintre Nicolas Rozier qui tend à dépouiller le regard, tentant datteindre « limprenable ».
Danièle Sabbah, Michelle Nota, Joël Vernet, Jean-Claude Meffre, André Velter, Lorand Gaspar, Gustaf Sobin, Parviz Abolgassemi, Nicolas Rozier.
Prix : 20 euros / EAN 9782909201429
Poésie comme exercice spirituel. Attention et ouverture
Sorgue n°6 - 2006
Ce numéro repend le thème des rencontres de poésie de LIsle-sur-la-Sorgue de 2003 : « Poésie comme exercice spirituel / Ouverture et attention ». On y lira des textes écrits par des intervenants de ces rencontres (Florence de Lussy, Henri Raynal, Jean-Pierre Lemaire, Judith Chavannes, François Cheng
), mais également dautres poètes (Claude Louis-Combet, Charles Juliet, Bernard Noël
). Ce numéro reprend, plus de soixante ans plus tard, le thème que Max-Pol Fouchet avait donné à un numéro de la revue Fontaine (paru au printemps 1942). Nous situons cependant différemment notre propos. La question que nous avons proposée aux poètes est celle-ci : dans votre expérience, en quoi la poésie peut-elle être vécue comme une approche dune telle réalité, ou peut-elle être un moyen daccéder à cette conscience plus aiguë du monde et de soi. Et alors, quel rôle peuvent jouer lattention et louverture dans une pareille expérience, de même que dans lécriture ?
Florence de Lussy, Christian Le Mellec, Judith Chavanne, Claude-Henri Rocquet, Claude Louis-Combet, Charles Juliet, André Ughetto, Henri Raynal, Joël-Claude Meffre, Hélène Lémery, Bernadette Engel-Roux, Bernard Noël, Gérard Titus-Carmel, François Cheng, Pierre Dubrunquez.
Prix : 20 euros / EAN 9782909201467
Présentation
La poésie qui « doue dauthenticité notre séjour » ne constituerait-elle pas la « seule tâche spirituelle » comme laffirmait Mallarmé ? Ou encore, nexiste-t-il pas une relation profonde entre expérience poétique et expérience spirituelle, continuation de lune en lautre, et peut-être aussi, en un certain point, partage des voies ? Ces questions, la revue Fontaine les posa en 1942. Dans la préface du numéro intitulé « De la poésie comme exercice spirituel », Max-Pol Fouchet, expliquait que la poésie dont il y était question se caractérisait pas un refus du divertissement. « A la mort, la misère et lignorance, les plus hauts poètes, dévorés dune singulière exigence, se sont affrontés, dans un refus de se laisser amuser et abuser, de plier à la pire misère qui est loubli du désespoir congénital dêtre seulement des hommes, dans une pathétique volonté de ne pas arriver insensiblement à la mort. » Les contributions que lon peut lire dans ce numéro, de Pierre Emmanuel, Edmont Jaloux, Léon Gabriel-Gros, Louis Emié, Joë Bousquet
, sinscrivaient dans un ensemble de recherches qui sétaient particulièrement développées au cours des premières décennies du xxe siècle, sous la plume notamment de Rolland de Renéville on se souvient de LExpérience poétique , mais aussi de Jacques Maritain ou dAlbert Béguin. A la distance de soixante années, nombre de ces textes peuvent paraître enserrés dans des thématiques qui aujourdhui nous sont étrangères. Le spirituel dont il sagit est voisin du religieux, et la problématique développée est principalement celle des relations entre poésie et mystique chrétienne. Lislam, lhindouisme, le bouddhisme sont peu sollicités. Aujourdhui, le paysage en France de la poésie et du fait spirituel est tout autre. Notre connaissance, textuelle et expérimentale, des philosophies orientales sest ainsi notamment approfondie.
Ce thème garde cependant pour nous toute son actualité, et il nous a semblé nécessaire de lapprocher à nouveau. Il a donc fait lobjet des rencontres de poésie de LIsle-sur-la-Sorgue du printemps 2003 auxquelles participèrent un certain nombre de poètes qui apportent leur contribution à ce numéro. Sans doute devons-nous préciser que nous nentendons pas par spirituel ce qui est strictement lié à une expression religieuse, sans toutefois lexclure. Convenons même que le mot est assez malheureux, car ce qui est du domaine de lesprit se définit comme différent du corporel sous-entendu : supérieur à lui. Or, par spirituel il faudrait entendre ici avant tout recherche dun approfondissement de lexpérience, dun plus haut degré de réalité, dévidence. Poésie, donc, comme approche dun réel accessible par tout lêtre du poète, corps et esprit réunis, le poème étant tout à la fois le fruit de telles expériences, et éventuellement ce qui en permet laccès, si lon retient la notion dexercice. Le poète se présente ici comme lhomme dans sa totalité, dont rien nest exclu, ouvert, poreux à ce qui est le plus intérieur et ce qui lenvironne.
Dans sa préface, Max-Pol Fouchet cite Ignace de Loyola et Juan de Yepes en relation avec les exercices spirituels, et il est certain que lon pense dabord à lacception chrétienne de ces termes. Cependant, Pierre Hadot a bien montré que les Exercitia spiritualia furent la continuation chrétienne dune tradition gréco-romaine qui nous semble plus significative dans la perspective de ce numéro de Sorgue. Pour les stoïciens, la philosophie est exercice, art de vivre qui requiert le total engagement de lhomme. Par une véritable conversion, il sagit datteindre un état dauthenticité, dacquérir « la vision exacte du monde, la paix et la liberté intérieures ». Stoïciens, épicuriens, pythagoriciens avaient développé leurs propres exercices. Philon dAlexandrie nous en donne deux listes ; lune de celles-ci comprend la recherche, lexamen approfondi, la lecture, laudition, lattention, la maîtrise de soi et lindifférence aux choses indifférentes. Or, note Pierre Hadot, pour les stoïciens, le premier de ces exercices est lattention (prosochè) : seule cette vigilance de tous les instants permet à celui qui suit la voie dEpictète de distinguer ce qui dépend de nous et ce qui nen dépend pas, base de la recherche stoïcienne. « Tu ne dois te séparer de ces principes ni dans ton sommeil, ni à ton réveil, ni quand tu manges ou bois ou converses avec les hommes », rappelle Epictète. De surcroît, cette attention au moment présent libère du passé et du futur sur lesquels nous navons pas de prise et nous permet dêtre sensible à la valeur cosmique de chaque instant.
Cest ainsi lattention que nous avons prise pour guide dans la préparation des Rencontres de poésie de LIsle-sur-la-Sorgue, puis de ce numéro. Mais non une attention qui serait focalisée sur un point, et dans ce cas susceptible de favoriser une certaine crispation, mais une attention ouverte, panoramique. Ouverture et attention sont ici on le voit deux aspects dune même attitude, propre à permettre au poète laccès à un réel qui reste sinon voilé par les tensions intérieures, lencombrement de lespace mental. Nous pourrons ainsi lire dans ce cahier des études sur Simone Weil et Philippe Jaccottet pour lesquels lattention est une des facultés premières, René Daumal qui fit de chacun de ses actes, et de ses poèmes, un exercice spirituel, mais aussi des poètes daujourdhui qui reviennent sur ce thème ou plus largement, celui du rapport entre expérience poétique et expérience spirituelle. Ce numéro se clôt sur des notes de carnet et des reproductions de gouaches de Pierre Dubrunquez qui, alors quil animait la défunte revue Poésie de Pierre Seghers, consacra en son temps un très beau cahier à lattention.
Christian Le Mellec
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